Par Emmanuel Posnic

A coups d'obliques et de points d'ancrages. L'accrochage de l'exposition aménage des séquences multiples, depuis le rail de lumière de l'entrée (Pathfinding) jusqu'aux stèles découpées dans des portes stratifiées ("Block Tower 2" par exemple). Depuis les silences tendus qui font vivre des structures métalliques brutes ("SP4") jusqu'aux zones où le rythme lancinant du moteur bat son plein ("Black Shed").

Mais ces espaces s'entrecroisent, mêlant tour à tour les couleurs et les sons.
Nathaniel Rackowe libère ses oeuvres en les faisant se pénétrer et se confondre.
Elles produisent des ondes tant lumineuses que sonores qui se propagent et
surgissent dans les environnements voisins. Tel est le cas des ombres généreuses de "Black Shed", une cabane à clairvoie dans laquelle un moteur actionne la levée et la descente d'une ampoule allumée.

Rackowe ne travaille pas uniquement sur l'écho et les interférences qui naissent entre les oeuvres. Il porte son attention sur le volume, l'intérieur et l'extérieur, le visible et l'invisible, le seuil, la surface et le vide qui
occupent la structure. Dans "SP3", l'hommage qu'il rend aux architectures de
Tatlin (et à la réinterprétation qu'en avait faite Dan Flavin), Nathaniel Rackowe fiche des néons dans l'ossature tubulaire d'un élément d'échafaudage pyramidal. La lueur des néons, étouffée par l'opacité du métal, atteind tout de même l'extérieur profitant des extrémités du tube.
Dans "Sliced Door 5", la lumière ne se perçoit qu'au travers la découpe d'une porte ouvragée et agencée au format d'une stèle. Dans "WLP7", c'est une lumière diffuse et un sillon lumineux intermittents qui traversent deux parois épaisses réalisées elle-même à partir d'une porte.

Chez Nathaniel Rackowe, l'austérité des matériaux et leur traitement sommaire s'accordent toujours avec une une capacité à introduire de la sensualité. Plutôt que de dissimuler, il s'agit pour lui d'investir la fragilité de l'espace interne de l'oeuvre, son immatérialité et, quelque part, d'exhiber la réversibilité de sa peau par l'artifice de la lumière.

Sensuelles et mystérieuses, ses oeuvres sont aussi un appel du pied au modernisme, aux néons de Flavin, aux modules de Judd, aux horizontalités de Long. Tout un répertoire que Nathaniel Rackowe réactive en l'ajustant aux réalités urbaines et technologiques actuelles. Ce qu'atteste d'ailleurs "Pathfinding", la sculpture qui a donné son titre à l'exposition. Un corridor en parpaings traversant l'ensemble des salles et qui porte autant de références du côté de Long, de Nauman que de sa racine étymologique première: un codage informatique calculant l'itinéraire le plus rapide entre une série de points donnés.